Série spéciale · Les révolutions françaises · 1/4 · 1789

Révolution française de 1789 : l'année où la nation prend le pouvoir

1789 : ruinée par sa dette, la monarchie réunit les états généraux. Le tiers se proclame nation, la Bastille tombe, les privilèges aussi. Récit et conséquences.

HistoireÉconomie et finance
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Sommaire
  1. Un royaume qui paie d'abord ses intérêts
  2. Le tiers se proclame la nation
  3. « Rien », le 14 juillet
  4. La souveraineté change de mains
  5. Du pain à Versailles, des biens à vendre
  6. Un papier qui finit à 1/280
  7. Ce que la République a gardé par écrit
  8. Le maillon suivant

Le 20 juin 1789, à Versailles, les députés du tiers état trouvent fermée la salle où ils siègent. Ils gagnent une salle de jeu de paume toute proche ; Jean-Sylvain Bailly marche en tête et, de peur qu'on ne leur en ferme l'entrée, envoie cinq ou six députés l'occuper d'avance.⁠[1]⁠[2] Là, il lit le serment que prêtent les députés : ne jamais se séparer « jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides ».⁠[3]⁠[4]⁠[1] En quelques mois, la souveraineté passe du roi à la nation, les privilèges tombent, et une dette qui a mené le royaume à l'insolvabilité fait vendre les biens de l'Église. La Déclaration adoptée cette année-là a toujours « pleine valeur constitutionnelle » en France.⁠[5]

Le fil rouge de 1789
  1. 1788
    Les caisses vides
    Le 8 août, le roi convoque les états généraux pour le 1ᵉʳ mai 1789.
  2. Juin 1789
    La nation se proclame
    Le tiers devient Assemblée nationale et jure de donner une Constitution.
  3. 14 juillet 1789
    La Bastille
    Paris s'arme aux Invalides ; la forteresse capitule.
  4. Août 1789
    Privilèges abolis, droits déclarés
    Nuit du 4 août, puis Déclaration des droits de l'homme.
  5. Décembre 1789
    Les assignats
    Les biens de l'Église gagent un papier qui deviendra monnaie.
  6. 1799
    « Elle est finie »
    Les Consuls déclarent la Révolution fixée à ses principes.
  7. 1958
    Un héritage écrit
    La Déclaration de 1789 figure dans le préambule de la Constitution.

1786 - 14 juillet 1789

Un royaume qui paie d'abord ses intérêts

En 1789, d'après les économistes Thomas Sargent et François Velde, le service de la dette absorbe environ 60 % des recettes de la monarchie.⁠[6] Le poids de la dette elle-même dépend du calcul : 63 % du produit national en 1789 pour Sargent et Velde ; 56 % du PIB en 1788 pour David Weir, cité par l'historien Eugene White, contre 182 % en Grande-Bretagne.⁠[6]⁠[7] La différence est ailleurs : le financement de la dette coûte 7,5 % à la France et 3,8 % à sa voisine.⁠[7] La guerre d'Amérique a laissé au royaume, selon un rapport présenté à l'Assemblée en 1791, « une dette nouvelle de 733 millions » contractée de 1777 à 1783.⁠[8]

En 1786, le déficit atteint un sixième du budget royal.⁠[9] Le 22 février 1787, le ministre Calonne propose à une assemblée de notables un impôt uniforme dans tout le royaume.⁠[9] Aux objections, il répond que « le droit de consentir l'impôt n'est pas celui de le refuser ».⁠[7] Le parlement de Paris, lui, estime qu'aucune taxe permanente nouvelle ne peut être décrétée sans les états généraux, qui ne se sont pas réunis depuis 1614. En 1788, la dette dévore le plus gros des recettes du roi.⁠[7] Le 8 août, Louis XVI convoque les états généraux pour le 1ᵉʳ mai 1789.⁠[10]

Le ciel s'en mêle. Le 13 juillet 1788, un épisode orageux particulièrement sévère balaie le pays du Poitou jusqu'au Nord ; la grêle ravage les cultures, et le prix du blé monte dans les mois qui suivent.⁠[11] À Paris, de février à fin juillet 1789, les magistrats fixent le pain de quatre livres à 14 sous et demi.⁠[12] Le 10 juin, le voyageur anglais Arthur Young note : « la disette est terrible ». La livre de pain bis, « dont se nourrissent les pauvres », coûte de trois sous et demi à quatre sous.⁠[13]

Le pain cher a-t-il fait la Révolution ? L'historien George Rudé relevait que la Bastille était tombée le jour même où le prix du grain atteignait son sommet dans toute la France ; Donald Sutherland n'y voit qu'une coïncidence, sans lien avec la reddition de la forteresse.⁠[12] Young, lui, tranche en voyageur, à Nancy, le 15 juillet : « le déficit n'eût pas produit de révolution sans le haut prix du pain ».⁠[13]

Le tiers se proclame la nation

Gravure en couleurs d'une immense salle à colonnes : un trône sous un dais au fond, des centaines de députés assis en rangs
L'ouverture des états généraux dans la salle des Menus-Plaisirs, à Versailles, le 5 mai 1789. Les trois ordres siègent séparément.Ouverture des États généraux, à Versailles, le 5 mai 1789 (Bibliothèque nationale de France) · Isidore-Stanislas Helman, d'après Charles Monnet · Domaine public
Portrait en buste d'un homme en habit de soie noire, jabot de dentelle blanche et perruque poudrée
Jean-Sylvain Bailly, peint par Jean-Laurent Mosnier en 1789. C'est lui qui conduit les députés au Jeu de paume et lit leur serment.Portrait de Jean-Sylvain Bailly (musée Carnavalet, P991) · Jean-Laurent Mosnier · Domaine public

Les états généraux s'ouvrent le 5 mai 1789 à Versailles, dans la salle des Menus-Plaisirs. Le clergé, la noblesse et le tiers état y siègent en chambres séparées.⁠[14]⁠[1] L'historien Yves Durand compte 661 députés du tiers, 326 du clergé et 330 de la noblesse ; d'autres décomptes donnent des totaux un peu différents.⁠[15] Le tiers est donc à peu près aussi nombreux que les deux autres ordres réunis ; mais tant que chaque ordre délibère à part, il ne pèse qu'une chambre sur trois.

Le 17 juin, la motion de Sieyès l'emporte par 491 voix contre 90 : le tiers se constitue en Assemblée nationale et, par un premier décret, autorise provisoirement la perception des impôts et le service de la dette publique.⁠[14] La dette, qui avait fait convoquer les états généraux, devient l'affaire de la nation.

Esquisse peinte : une foule de députés dans une haute salle nue, bras tendus vers un homme debout au centre, le bras levé
Le Serment du Jeu de paume, esquisse peinte de Jacques-Louis David. Au centre, Bailly lit le serment ; autour de lui, les députés tendent le bras.Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789 (musée Carnavalet, P67) · Jacques-Louis David · CC0

Trois jours plus tard vient la scène du Jeu de paume. L'arrêté que les députés y adoptent pose un principe qui change tout : « partout où ses membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale ».⁠[4] Elle ne dépend plus d'une salle qu'on peut lui fermer.

« Rien », le 14 juillet

Le 11 juillet, Louis XVI renvoie son ministre Necker. Dans le journal où il consigne ses chasses et ses cérémonies, il écrit : « Samedi 11 Rien. Départ de M. Necker. »⁠[16] À Paris, la nouvelle provoque de nombreuses manifestations.⁠[17] Le 12, au Palais-Royal, Camille Desmoulins arrache une feuille d'arbre, propose de la porter comme signe de reconnaissance patriotique et appelle à l'insurrection.⁠[18] Ce jardin bouillonne depuis des semaines. Le 9 juin, Young y comptait treize brochures parues dans la journée, quatre-vingt-douze la semaine précédente, et des orateurs qui, « montés sur une table ou sur une chaise », haranguaient la foule des cafés.⁠[13]

Le 14 au matin, une foule escalade les fossés des Invalides et emporte une douzaine de canons et 32 000 fusils.⁠[17]⁠[19] Elle se tourne ensuite vers la Bastille. Le premier assaut coûte aux assaillants une centaine de morts selon l'encyclopédie Larousse ; l'Américain Gouverneur Morris, qui l'apprend le jour même, note « soixante hommes, dit-on ».⁠[19]⁠[20] Les gardes-françaises de Hulin et d'Élie amènent des canons devant le pont-levis, et le gouverneur, de Launay, capitule.⁠[19] Dans la forteresse, les vainqueurs ne trouvent que sept prisonniers.⁠[17]⁠[21] Sur le chemin de l'hôtel de ville, de Launay est massacré, avec trois officiers et trois soldats.⁠[17]⁠[19]

À la date du 14 juillet, le journal du roi ne porte qu'un mot : « Rien ». Il a fait sa légende. L'historien Philippe Lejeune rappelle pourtant que cette page fut écrite en août, « en connaissance de cause », et que « rien » veut seulement dire qu'il n'y avait rien à noter dans la matière ordinaire du journal : chasses, réceptions, cérémonies, voyages.⁠[16]

Juillet - août 1789

La souveraineté change de mains

Ce qui se joue cet été-là tient en une phrase, que la Déclaration écrira en août : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. »⁠[22] Le roi ne disparaît pas, mais il n'est plus la source du pouvoir.

Les campagnes ne restent pas spectatrices. À partir du 20 juillet, d'étranges rumeurs se propagent, et le tocsin amplifie de grandes paniques dans les villes et chez les paysans.⁠[23] C'est la Grande Peur, dont Georges Lefebvre a donné en 1932 l'étude de référence. Timothy Tackett rappelle qu'elle pesa sur la formation de la garde nationale et sur la renonciation au « féodalisme » par l'Assemblée.⁠[24]

Dans la nuit du 4 août, c'est le vicomte de Noailles, « cadet de famille pauvre », qui ouvre le débat en demandant l'abolition des droits féodaux, afin de ramener le calme.⁠[23] Dans l'enthousiasme, l'Assemblée abolit les droits personnels et réels, les justices seigneuriales, la vénalité des charges et les privilèges des villes et des provinces. À trois heures du matin, elle proclame Louis XVI « restaurateur de la liberté française ».⁠[23]

Le décret du 11 août met cette nuit en articles. Son article premier tient en une ligne : « L'Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. » D'autres touchent directement à l'argent : les dîmes « de toute nature » sont abolies, les « privilèges pécuniaires » en matière d'impôt aussi, et « la justice sera rendue gratuitement ».⁠[25]

Peinture du texte de la Déclaration sur deux tables de pierre, entre une femme qui brise des chaînes et un ange ailé, sous un œil dans un triangle rayonnant
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen peinte comme des tables de la Loi, attribuée à Le Barbier (1789).Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (musée Carnavalet, P809) · Jean-Jacques-François Le Barbier · Domaine public

Le 26 août, l'Assemblée adopte l'article 17 et dernier de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.⁠[26] L'article premier proclame : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » L'article 6 fait de la loi « l'expression de la volonté générale ». L'article 13 répond à sa façon à la crise des finances : la contribution commune « doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».⁠[22] Et l'article 17 déclare la propriété « un droit inviolable et sacré ».⁠[26]

Un débat d'historiens : qu'est-ce qui s'est passé en 1789 ?

Pour Georges Lefebvre, dans Quatre-vingt-neuf (1939), l'année est la rencontre de révolutions emboîtées, aristocratique, bourgeoise et populaire ; l'historien Bernard Gainot souligne qu'elles forment chez lui un seul et même processus.⁠[27]⁠[28] Albert Soboul ouvre en 1965 son récit de 1789 par cette phrase : « La Révolution marque l'avènement de la société bourgeoise et capitaliste dans l'histoire de la France. »⁠[29]

Dès 1954, le Britannique Alfred Cobban conteste cette lecture : la Révolution a profondément changé la France politiquement, beaucoup moins sa structure sociale. Il ne nie pas que les députés du tiers étaient en majorité des bourgeois.⁠[29] François Furet voit dans 1789 l'aboutissement politique de l'unification culturelle des élites nobles et bourgeoises, et une crise de légitimité politique plutôt qu'un conflit de classes.⁠[30]⁠[29]

Le débat s'est ensuite déplacé vers la culture politique. Le livre de Lynn Hunt (1984) a, selon son éditeur, recentré la discussion sur la signification politique de la Révolution : la découverte que l'action politique peut transformer consciemment la société.⁠[31] Timothy Tackett et William Doyle, selon Pamela Pilbeam, imputent beaucoup à l'impéritie et à l'indécision du roi. Pour Pilbeam, les interprétations ont bougé si vite que l'étiquette de « révisionniste », appliquée à Cobban, a vite vieilli ; pour Guy Lemarchand, la Révolution n'est « toujours pas un objet froid ».⁠[29]⁠[32]

Octobre 1789 - avril 1790

Du pain à Versailles, des biens à vendre

Le 5 octobre au matin, sept à huit mille femmes partent de Paris pour Versailles, dans l'intention d'aller « chercher du pain ».⁠[33] À la barre de l'Assemblée, l'orateur de cette députation, Maillard, déclare : « Nous sommes venus à Versailles pour demander du pain, et en même temps pour faire punir les gardes du corps qui ont insulté la cocarde patriotique. »⁠[34] Le lendemain matin, Morris note dans son journal : « Paris est en tumulte » ; deux têtes de gardes du corps y sont apportées.⁠[20]

Estampe en couleurs : des femmes armées de piques et de sabres marchent en tirant un canon
« À Versailles, à Versailles » : estampe de 1789 sur la marche des femmes de Paris, le 5 octobre.A Versailles, à Versailles du 5 octobre 1789 (Bibliothèque nationale de France) · Graveur non identifié · Domaine public

Pour apaiser les manifestants, Louis XVI accepte de venir à Paris avec sa famille ; au terme d'un voyage de neuf heures, il s'installe aux Tuileries.⁠[33] L'Assemblée décrète que « le Roi et l'Assemblée nationale sont inséparables » et le suit.⁠[35] Le roi est désormais sous les yeux de Paris.

Reste la dette, que la Révolution n'a pas effacée. Le 10 octobre, l'évêque d'Autun, Talleyrand, présente une motion sur les biens ecclésiastiques : il ne s'agit pas, dit-il, d'une simple « contribution aux charges de l'Etat ».⁠[36] Le 2 novembre, par 568 voix, l'Assemblée décrète « que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation ».⁠[37]

Le 19 décembre, elle crée une caisse de l'extraordinaire et met en vente des domaines de la couronne et de l'Église pour 400 millions. En attendant les ventes, elle émet des assignats de 1 000 livres portant intérêt à 5 %, admis de préférence pour acheter ces biens, et prévoit de les retirer par tranches de 1791 à 1795.⁠[38] Les députés connaissent le danger : ils citent la faillite du système de John Law, en 1720, et l'expérience américaine comme exemples de papier-monnaie qui tourne mal. Ils acceptent l'assignat, mais refusent la banque nationale que proposait Necker.⁠[6] Le 16 avril 1790, les assignats reçoivent « cours de monnaie, entre toutes personnes, dans toute l'étendue du royaume ».⁠[39]

Le royaume lui-même est redessiné. Le décret du 22 décembre 1789 prévoit de le diviser en départements, « au nombre de 75 à 85 » ; la liste et les limites sont fixées le 26 février 1790, et la Constitution de 1791 en compte 83.⁠[40]⁠[41]⁠[42]

1790 - 1799

Un papier qui finit à 1/280

Billet imprimé portant « Domaines nationaux, assignat de vingt-cinq livres, payable au porteur », avec le profil de Louis XVI dans un médaillon
Un assignat de 25 livres créé par la loi du 16 décembre 1791. Il porte « Domaines nationaux » : les biens vendus en sont le gage.Assignat de 25 livres, série 508e, 1791 (musée Carnavalet, GB307) · Caisse de l'extraordinaire · CC0

Au départ, les émissions d'assignats restent limitées : 400 millions de livres en 1789, 1 200 millions en 1790, d'après Citéco, le musée de l'économie de la Banque de France. Puis le mouvement s'accélère, surtout à partir d'avril 1794, sous la pression des dépenses de guerre : les émissions cumulées passent de 8 milliards de livres en avril 1794 à 45 milliards en avril 1795.⁠[43] En février 1796, quand on détruit le matériel de fabrication, l'assignat ne vaut plus qu'un 280e de sa valeur initiale ; il est démonétisé le 4 février 1797.⁠[43]⁠[6] L'épisode renforce une méfiance envers le papier-monnaie déjà perceptible depuis Law.⁠[43]

La monarchie ne survit pas à ces années. La Constitution de 1791 proclame : « Il n'y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinctions d'ordres, ni régime féodal ».⁠[42] Le 21 septembre 1792, la Convention, élue au suffrage universel à deux degrés par une minorité de Français, abolit la royauté et proclame la République. Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793, et une coalition européenne se forme contre la France révolutionnaire.⁠[44]

Des chiffres contestés : les morts de la Terreur et de la Vendée

D'après les calculs de Donald Greer (1935), cités par l'historien Hervé Leuwers, la Terreur fait quelque 17 000 exécutions ordonnées par des juridictions d'exception ; avec les exécutions sans jugement et les décès en prison, le bilan monterait à 35 000 ou 40 000.⁠[45] Près de 12 000 de ces 17 000 condamnations à mort sont prononcées dans l'Ouest et le Sud-Est, rappelle Carla Hesse.⁠[46] Jean-Clément Martin juge qu'il serait temps de revenir sur ces estimations.⁠[47]

Pour les guerres de Vendée, Leuwers donne de 140 000 à 190 000 morts, Vendéens et soldats républicains réunis.⁠[45] Jacques Hussenet arrive à 170 000 morts et disparus parmi les Vendéens, blancs et bleus, chiffre auquel Martin se range.⁠[47] Peter McPhee qualifie d'exagérées les estimations de 500 000 morts insurgés.⁠[48] Le mot de génocide, qui donne son titre au livre de Reynald Secher, est refusé par Hussenet, Martin et McPhee.⁠[49]⁠[47]⁠[48]

Sur les causes, Michel Vovelle invoquait la « théorie des circonstances », la double guerre contre les monarchies coalisées et contre les ennemis de l'intérieur.⁠[50] Selon Charles Walton, la plupart des spécialistes mettent désormais la violence révolutionnaire sur le compte des émotions collectives, de la faiblesse des institutions et des circonstances, plutôt que de l'idéologie.⁠[51]

Le 15 décembre 1799, les Consuls, parmi lesquels Bonaparte, présentent aux Français une nouvelle Constitution et concluent : « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie. »⁠[52]

1791 - 1973

Ce que la République a gardé par écrit

La Révolution a aussi changé les mesures. Le 26 mars 1791, sur rapport de Talleyrand, l'Assemblée adopte un décret relatif à l'établissement d'une unité de mesure.⁠[53] La loi du 18 germinal an III (7 avril 1795) définit le mètre comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre.⁠[54] Pour le Bureau international des poids et mesures, ce système métrique et le dépôt de deux étalons en platine aux Archives, le 22 juin 1799, peuvent être considérés comme la première étape vers le Système international d'unités.⁠[55]

Les départements dessinés en 1790 figurent dans l'article 72 de la Constitution de 1958, parmi les collectivités territoriales de la République.⁠[41]⁠[56]

Surtout, le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 proclame l'attachement du peuple français « aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789 ».⁠[56] Depuis ses décisions du 16 juillet 1971 et du 27 décembre 1973, le Conseil constitutionnel se sert de la Déclaration pour contrôler les lois ; il lui reconnaît « pleine valeur constitutionnelle ».⁠[5] Le consentement à l'impôt, qui avait fait convoquer les états généraux, compte parmi les principes qu'il en tire.⁠[5]

Le maillon suivant

Quand les Bourbons reviennent, Louis XVIII « octroie » le 4 juin 1814 une Charte constitutionnelle.⁠[57] Elle garde l'essentiel de 1789 : « Les Français sont égaux devant la loi, quels que soient d'ailleurs leurs titres et leurs rangs », et toutes les propriétés sont inviolables, « sans aucune exception de celles qu'on appelle nationales ». Les biens nationaux vendus par la Révolution ne sont pas rendus. Mais l'article 14 laisse au roi les ordonnances « nécessaires pour l'exécution des lois et la sûreté de l'Etat ».⁠[58] Le 25 juillet 1830, le roi signe quatre ordonnances ; d'après l'Assemblée nationale, « ces ordonnances vont déclencher une révolution ».⁠[57] C'est le maillon suivant, que raconte le prochain article de cette série.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Assemblée nationale, Le serment du Jeu de paume, Journées européennes du patrimoine, 2016
  2. Jean-Sylvain Bailly, Mémoires de Bailly, t. I, éd. Berville et Barrière, Baudouin frères, 1821 ; Internet Archive
  3. Assemblée nationale, Jean-Sylvain Bailly, Journées du patrimoine, 2010
  4. Archives parlementaires, Décret du 20 juin 1789 et serment du Jeu de paume, 1re série, t. VIII ; Persée
  5. Conseil constitutionnel, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789
  6. Thomas J. Sargent et François R. Velde, Macroeconomic Features of the French Revolution, Journal of Political Economy, 103/3, 1995, p. 474-518
  7. Marie-Laure Legay, Joël Félix et Eugene White, Retour sur les origines financières de la Révolution française, Annales historiques de la Révolution française, 356, 2009
  8. Anne-Pierre de Montesquiou-Fezensac, au nom du comité des finances, Mémoire sur les finances du royaume (séance du 9 septembre 1791), Archives parlementaires, 1re série, t. XXX ; Persée
  9. Roy Rosenzweig Center for History and New Media (George Mason University) et American Social History Project (CUNY), Calonne, Programs of Reform, Address to Assembly of Notables (1787), Liberty, Equality, Fraternity: Exploring the French Revolution
  10. Roy Rosenzweig Center for History and New Media (George Mason University) et American Social History Project (CUNY), The Estates-General are convoked for 1 May 1789, Liberty, Equality, Fraternity: Exploring the French Revolution
  11. Keraunos, Observatoire français des tornades et orages violents, Orages de grêle du 13 juillet 1788
  12. Donald M. G. Sutherland, George Rudé's The Crowd in the French Revolution: The First 60 Years, H-France et George Rudé Society, forum anniversaire, 2019
  13. Arthur Young, Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789, trad. H. J. Lesage, Guillaumin, 1882 ; Project Gutenberg
  14. Assemblée nationale, Sieyès, Mirabeau et Bergasse : le tiers état se constitue en Assemblée nationale (15-17 juin 1789), Les grands discours parlementaires
  15. Yves Durand, États généraux (France) : 1789, Encyclopædia Universalis
  16. Philippe Lejeune, « Rien ». Journaux du 14 juillet 1789, dans Le Bonheur de la littérature. Variations critiques pour Béatrice Didier, PUF, 2005
  17. Pascal Dupuy, L'arrestation du gouverneur de la Bastille, le 14 juillet 1789, L'Histoire par l'image, GrandPalaisRmn
  18. Ville de Paris, Camille Desmoulins et les orateurs du Palais-Royal, Parcours Révolution
  19. Encyclopédie Larousse, la Bastille
  20. Gouverneur Morris, The Diary and Letters of Gouverneur Morris, vol. 1, éd. Anne Cary Morris, Scribner, 1888 ; Internet Archive
  21. Ville de Paris, La Bastille, Parcours Révolution
  22. Conseil constitutionnel, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789
  23. Assemblée nationale, Target, Noailles et Aiguillon : abolition des droits féodaux (nuit du 4 août 1789), Les grands discours parlementaires
  24. Timothy Tackett, La Grande Peur et le complot aristocratique sous la Révolution française, Annales historiques de la Révolution française, 335, 2004
  25. Archives parlementaires, Décret du 11 août 1789 relatif à l'abolition des privilèges, 1re série, t. VIII ; Persée
  26. Archives parlementaires, Adoption de l'article 17 de la Déclaration des droits, séance du 26 août 1789, 1re série, t. VIII ; Persée
  27. Guillaume Mazeau, Lefebvre (Georges) : un historien au présent, Encyclopædia Universalis
  28. Bernard Gainot, Compte rendu de Georges Lefebvre, Quatre-vingt-neuf (rééd. 2023), Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 161, 2024
  29. Pamela Pilbeam, The Historiography of the 1789 Revolution from Alfred Cobban to Recent Times, George Rudé Society et H-France
  30. Julien Louvrier, Penser la controverse : la réception du livre de François Furet et Denis Richet, La Révolution française, Annales historiques de la Révolution française, 351, 2008
  31. University of California Press (présentation de l'éditeur), Lynn Hunt, Politics, Culture, and Class in the French Revolution
  32. Guy Lemarchand, Compte rendu de Michel Vovelle, 1789. L'héritage et la mémoire, Annales historiques de la Révolution française, 351, 2008
  33. Jean Tulard, Octobre 1789 (journées des 5 et 6), Encyclopædia Universalis
  34. Archives parlementaires, Députation de Paris et discours de Maillard, séance du 5 octobre 1789, 1re série, t. IX ; Persée
  35. Archives parlementaires, Décret du 6 octobre 1789 portant que le Roi et l'Assemblée nationale sont inséparables, 1re série, t. IX ; Persée
  36. Archives parlementaires, Motion de M. de Talleyrand sur les biens ecclésiastiques, séance du 10 octobre 1789, 1re série, t. IX ; Persée
  37. Archives parlementaires, Décret du 2 novembre 1789 sur les biens ecclésiastiques, 1re série, t. IX ; Persée
  38. Archives parlementaires, Décret du 19 décembre 1789 sur la caisse de l'extraordinaire, 1re série, t. X ; Persée
  39. Archives parlementaires, Décret sur les assignats, séance du 16 avril 1790, 1re série, t. XIII ; Persée
  40. Archives parlementaires, Décret du 22 décembre 1789 sur la constitution des assemblées représentatives et administratives, 1re série, t. XI ; Persée
  41. Archives d'Alsace, service éducatif, Le département, un modèle à géométrie variable
  42. Conseil constitutionnel, Constitution de 1791
  43. Citéco, Cité de l'économie (Banque de France), La presse à assignats
  44. Encyclopédie Larousse, Convention nationale
  45. Hervé Leuwers, La Terreur durant la Révolution française (1793-1794), Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe, Sorbonne Université
  46. Carla Hesse, Terror and the Revolutionary Tribunals, H-France Salon, 11/16, 2019
  47. Jean-Clément Martin, Compte rendu de Jacques Hussenet (dir.), « Détruisez la Vendée ! », Annales historiques de la Révolution française, 354, 2008
  48. Peter McPhee, Vicious Civil War in the French Revolution, The Cambridge World History of Genocide, Cambridge University Press, 2023 (résumé du chapitre)
  49. University of Notre Dame Press (présentation de l'éditeur), Reynald Secher, A French Genocide: The Vendée
  50. Guy Lemarchand, Compte rendu de Michel Vovelle, 1789. L'héritage et la mémoire, Annales historiques de la Révolution française, 351, 2008
  51. Charles Walton, La Terreur réinterprétée, La Vie des idées, 2019
  52. Conseil constitutionnel, Constitution du 22 frimaire an VIII et proclamation des Consuls
  53. Archives parlementaires, Décret relatif à l'établissement d'une unité de mesure, séance du 26 mars 1791, 1re série, t. XXIV ; Persée
  54. Observatoire de Paris, Le mètre : mesure républicaine
  55. Bureau international des poids et mesures, Le Système international d'unités (SI), 9e édition, 2019
  56. Conseil constitutionnel, Texte intégral de la Constitution du 4 octobre 1958 en vigueur
  57. Assemblée nationale, 1814-1848 : de la Restauration à la monarchie de Juillet, les faits
  58. Conseil constitutionnel, Charte constitutionnelle du 4 juin 1814

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